Milad Doueihi : Qu’est-ce que le numérique ?

J’ai testé PowToon sur la présentation de l’ouvrage « Qu’est-ce que le numérique » de Milad Doueihi.
Voici le lien vers la présentation, également visible ci-dessous. Pas lisible sur tablette et version freemium.


Je vous propose également une version une version rédigée, article, ci après .

milad doueihi

Source photo : France Culture http://www.franceculture.fr/personne-milad-doueihi.html

Né en 1959, Milad DOUEIHI est historien philosophe des religions, chercheur et enseignant en cultures numériques :
– titulaire de la Chaire de recherches sur les cultures numériques de l’université Laval (Québec),
– titulaire de la Chaire d’humanisme numérique à l’université de Paris-Sorbonne (Paris-IV).

D’après l’encyclopédie collective Wikipédia : Milad Doueihi s’est intéressé depuis quelques années à l’évolution de la société avec le numérique. Historien des religions à l’origine, il se définit comme « un numéricien par accident, un simple utilisateur d’ordinateur qui a suivi les changements de l’environnement numérique au cours des vingt dernières années ». Il perçoit l’émergence du numérique dans la société comme une conversion au même titre qu’une religion.

Milad Doueihi est l’auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels :
La grande conversion numérique (2008, édition augmentée en 2011 : La grande conversion numérique ; Rêveries d’un promeneur numérique)
Pour un humanisme numérique (Seuil, « La librairie du XXIe siècle » 2011),
Qu’est-ce que le numérique ? (2013, PUF) auquel nous allons nous intéresser particulièrement dans cet article
L’imaginaire de l’intelligence (2014). Issu d’une conférence de 2013

 

En guise d’introduction à « Qu’est-ce que le numérique », regarder le commentaire de l’auteur pour la Librairie MULLAT sur Youtube (1.49min)


doueihi "qu'est-ce que le numérique"

L’ouvrage de Milad Doueihi Qu’est-ce que le numérique ? (PUF, 2013) est une transcription complétée et modifiée d’une conférence donnée en mai 2012 à l’Institut Français de l’éducation (Ifé). L’Ifé est un centre français de recherche et de diffusion des savoirs dans le domaine de l’éducation, intégré à l’École normale supérieure de Lyon.

Monographie de 64 pages, parue aux éditions PUF (Presses Universitaires de France) : Les éditions PUF publient des ouvrages à destination des chercheurs, des étudiants et des enseignants. Fondées en 1921, consolidées dans les années 30 par la fusion avec trois éditeurs de philosophie (Alcan), d’histoire (Leroux) et de littérature (Rieder). L’architecture du catalogue exprime tous les courants de la pensée d’expression française et tous les aspects de la vie scientifique et culturelle internationale. (Plus d’infos ici)

Thèse de l’auteur, Milad DOUEIHI

Le numérique est une révolution culturelle en plus d’être une évolution technique. Et cela au même titre que la révolution industrielle (électricité) qui a profondément changé notre rapport au monde.
Le numérique induit des bouleversements tels qu’il faut se poser la question d’une nouvelle éthique, numérique, à construire et qu’il qualifie d’Humanisme numérique.
Le contexte de l’autorité se trouve modifié par nos échanges sociaux => d’où l’enjeu à la fois politique et éthique du statut du numérique dans nos sociétés.
« Indissociabilité de nos valeurs et de l’accès au contenu ne sont que les premiers pas dans notre aventure avec cette nouvelle technologie devenue partie intégrale de notre existence » (p 54)

Argumentation

L’auteur affirme que « Numérique » est un mot qui est passé rapidement dans notre vocabulaire mais mérite qu’on s’interroge sur cette notion, somme-toute complexe. Son ouvrage est constitué de 6 parties (non numérotées ou chapitrées) :
> Informatique et numérique (page 8)
Informatique = code, programmation, calcul mais aussi dimension industrielle (moteurs de recherche ont un modèle économique, ce sont des entreprises)
Numérique = dimension relative aux usages et pratiques sociaux > convergence entre l’humanité et la technologie

Nous sommes dans une période de transition : la dimension numérique est à la fois lettrée et savante. Dans ce nouvel écosystème, on observe une convergence entre le domaine du scientifique (rigidité, mesurabilité, précision de l’informatique) et le domaine de la culture (domaine des sciences humaines et sociales, pratiques lettrées)

> Le code, un être culturel (page 13)

Le code n’est pas seulement normatif mais comporte une dimension lettrée, collective/participative. En effet, le code est devenu de nature discursive (il comporte des commentaires entre codeurs et programmateurs. Il y a des échanges qui ne sont pas des instructions > cela invite celui qui est compétent / qui à la littératie, à participer).

Dimension culturelle du code => rôle dans le changement social.
> La confiance sociale (page 17)

Informatique est la science de l’information et du discret, mais avec le numérique on observe une mutation, en partie liée à l’accès à la trace (de l’homme).

On glisse d’un modèle de la prédiction/prévision (idée idéalisée de la recommandation qui s’incarne par exemple avec la recherche prédictive > Google Instants) vers quelque chose qui se rapproche de celui de la prescription, avec la prise en compte d’information sociale (à qui je suis connectée en terme de réseau, les cookies qui permettent de tracer quels sites je visite, combien de temps j’y passe, sur quels liens je clique, etc.)

=> d’où l’enjeu à la fois politique et éthique du statut du numérique dans nos sociétés. En effet, le contexte de l’autorité se trouve modifié par nos échanges sociaux.
L’imaginaire social constitue l’enjeu premier de la culture numérique => « imaginaire de l’intelligence artificielle » => extrapolation transhumaniste

>Transhumanisme (page 27)

« Trans »-humanisme : idée de transition/transformation de l’humain

Double dimension de ceux qui s’inscrivent dans le courant transhumaniste :
– se réclament de l’autorité des Lumières et supposent que l’autonomie du sujet serait transmise à l’autonomie de la machine informatique
– se réclament d’un mouvement polythéiste qui est inspiré du boudhisme et des religions orientales polythéistes.

Dans les grandes entreprises NTIC (comme Google), on pense que l’avenir du numérique est dans l’intelligence artificielle, via le transhumanisme. L’auteur pense lui qu’il y a une utopie de l’intelligence artificielle. Les transhumanistes sont définis en page 54 comme « apôtres d’une utopie du progrès », d’où l’idée de conversion (connotation religieuse).

Pour l’auteur, le transhumanisme pose un problème. Il y a un clivage dans cette vision qui ne prend pas en compte que le numérique est issu de technologie et de techniques occidentales (de société monothéiste)

> Digi Fictions (page 36)
Référence à l’intelligence artificielle, telles qu’imaginées par Turing ainsi que Von Neumann
Conversion numérique est un changement aussi important que l’invention de l’électricité mais avec une nouvelle dimension : l’accès au code (si l’individu a les compétences ou choisit de les avoir).

> Nouvelle éthique ? (page 51)

«  Cette conversion de nos sociétés appelle de nouvelles compétences, de nouvelles littératies. Il ne suffit plus de savoir lire et de savoir écrire, il nous faut maintenant d’autres savoirs et de nouvelles pédagogies. Des savoirs issus du numérique, de ses critères émergents et de ses repères propres » (page 53, 54)

Max Weber (deux éthiques identifiées : celle de l’homme politique qui est animée par la conviction et celle du savant qui est animée par la responsabilité).

=> Conflit d’autorité et de légitimité ainsi que les pratiques émanant du code nous incite à trouver une autre voie : projet d’un humanisme numérique. (Défi : « travailler ensemble sur les modalités d’une nouvelle forme de gestion de la mémoire, de l’identité et du savoir, et d’élaborer une éthique »)

Pour en savoir plus :

> Ecouter France CULTURE

– Émission « Place de la toile » du 2 novembre 2013 (49min): http://www.franceculture.fr/emission-place-de-la-toile-qu-est-ce-que-le-numerique-2013-11-02

Milad Doueihi explique notamment une phrase clé de son ouvrage, en donnant une première définition approximative de ce que pourrait être le numérique «Un écosystème dynamique animé par une normativité algorithmique et habité par des identités polyphonique capables de produire des comportements contestataires » (page 22)
– éco-système dynamique : renvoie à l’idée que les plateformes sont en évolution continues (fonctionnalités changent, ainsi que les conditions d’usage >mobilité par exemple)
– normativité algorithmique : appauvrissement du social (pensée unique suggérée). Déplacement de l’intention et de sa trace (exemple de Google instant > les algorithmes de recherche sont devenus des algorithmes de recommandation puis de prescription)
– identité polyphonique : pas le même rapport à la réalité selon qu’on soit connecté à notre boîte mails, à nos réseaux sociaux => le réseau social et ses algorithmes modifient notre environnement immédiat.
– capable de produire des comportements contestataires : il y a toujours des moyens de contourner la normativité algorithmique. Il faut les compétences mais aussi la volonté de prendre de la distance pour « jouer avec » et non « faire par/grâce à ». Par exemple, 70% des personnes ne modifient par leur écran.
Notion clé : humanisme et non pas humanité numérique car il s’inscrit dans la continuité anthropologique/ethnographique de la notion d’humanisme, telle qu’adoptée par C. Levi-Strauss

– Émission « La grande table » du 21 octobre 2013 (33min) : http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-2eme-partie-milad-doueihi-2013-10-21

> Conférence (format vidéo ou audio) sur l’Humanisme numérique (2013 pour l’ESEN – 46min)

VOTRE AVIS NOUS INTÉRESSE !

Êtes-vous d’accord avec cette affirmation : « Cette conversion de nos sociétés appelle de nouvelles compétences, de nouvelles littératies. Il ne suffit plus de savoir lire et de savoir écrire, il nous faut maintenant d’autres savoirs et de nouvelles pédagogies. Des savoirs issus du numérique, de ses critères émergents et de ses repères propres » (page 53, 54) ?

Auteure : Prisca (mise à jour 02/11/2015)